samedi 18 juin 2016

Les leçons de mes erreurs


Lorsque l'actualité est mouvementée, lorsqu'il y a des incertitudes, que certains craignent la peste, il faut revenir aux fondamentaux qui enracinent sa propre démarche. C'est pourquoi j'ai décidé de rédiger ma "profession de foi"', pour pouvoir la relire et l'enrichir régulièrement quand le doute m'assaille et pour ne pas reconduire les erreurs du passé.

Les étapes de mon modeste parcours financier

J'ai découvert la bourse il y a une vingtaine d'années, dès le début de mon parcours professionnel. J'ai connu plusieurs étapes, les premières s'étant toutes soldées par une perte sèche :

- Jeune cadre dans le domaine financier, fraîchement diplômé de bonnes écoles, je disposais dès mes premiers salaires au milieu des années 1990 de quoi investir modestement dans des produits financiers. C'était l'époque où Jean Pierre Gaillard donnait les cours de la bourse sur France Info et où j'achetais de temps en temps la vie financière pour identifier les meilleurs SICAV que je pouvais acheter par courrier postal chez CORTAL à frais de souscription réduit. Jusqu'au krach internet des années 2000 qui m'en a détourné ayant soldé les lignes de SICAV dans le rouge.


- Je suis revenu vers la bourse et mon compte titre ordinaire par internet dans les années 2006. J'ai pris de plein fouet le krach de 2008, qui m'a détourné à nouveau du marché ayant soldé les lignes de SICAV et mes premiers trackers CAC 40 dans le rouge vif. Dès lors j'ai épargné religieusement sur des comptes de livret, de PEL et sur une fonds Monde du plan d'épargne entreprise sans vraiment le regarder de près. L'achat de ma résidence principale a mobilisé l'ensemble de ces fonds (pas de dette) et ma vie professionnelle me prenait toute mon énergie.

- Mes revenus salariaux augmentant, mon taux marginal d'imposition a progressé, pour atteindre assez vite 30% dans les années 2010. J'ai alors été sensibilisé à la défiscalisation et, pour commencer, au PEA ouvert en 2012. Mes investissements assimilés actions restèrent toutefois faibles au regard de mon patrimoine total résidence principale incluse. Et j'ai donc peu profité de la longue envolée des marchés mondiaux, alors que mes économies auraient du permettre de saisir cette opportunité.

- Il y a 3 ans, un tournant professionnel m'a conduit à structurer plus sérieusement le volet patrimonial, et à me rendre compte qu'un deuxième salaire était à pérenniser par soi même sur le long terme via une stratégie de placements : j'ai alors ouvert plusieurs assurances vie sur fonds €, fonds immobiliers,...J'ai un employeur qui me verse un salaire, mais je considère que je suis aussi mon propre employeur pour mon patrimoine, en quelques sortes.

 Mes principales erreurs

J'ai commis des erreurs qui ont occasionné des manques à gagner. Mais qui me rendent riche d'expérience pour la suite, à condition d'y prêter attention. Mes principales erreurs ont consisté à :

- suivre des modes, plutôt qu'en tirer parti
investir dans un FCPI en 1999 pour bénéficier d'une économie d'impôt alors qu'un final j'ai perdu la moitié de mon investissement tout compris.

- ne pas suivre périodiquement la globalité de la valeur de mes actifs et leur rendement
Ainsi je pensais que tout se passait bien alors qu'en réalité une part importante des placements ne rapportait rien. Certains prétendent gérer leurs actifs en quelques minutes par mois. C'est possible à condition d'avoir mis en œuvre une stratégie dans la durée et cela s'apprend avec beaucoup de réflexion et d'efforts. 

- prendre peur, fuir
peur des krachs, retirer les billes violemment et donc ne pas reprendre la valeur perdue en conservant les lignes.  

- s'enthousiasmer
penser que ca y est on tient une martingale, qu'on voit quelque chose que les autres ne voient pas, qu'on a identifié la solution pour gagner plus surement que les autres. Et du coup investir d'un coup trop d'argent en action. Aujourd'hui j'ai compris qu'un portefeuille de personne physique est à manipuler comme un fonds actions, c'est à dire comme un paquebot, avec des lignes structurantes et des petites touches régulières. Le market timing est très difficile à optimiser. Il n'y a pas de place pour les emballements ou les peurs en bourse.

- suivre les recommandations des médias boursiers
Autant je pense qu'il est important de se tenir informé des grandes tendances macro économiques (banques centrales, taux de change et d'intérêt, croissance mondiale, croissance des principales zones, inflation, ...), autant il ne sert pas à grand chose de suivre les recommandations des gérants de portefeuille. Ils ne battent pas les indices cela a été maintes foi démontré, sauf exception rarement reproductible.

 Mes lignes directrices

- diversification
investir sur différentes supports (actions, immobilier, obligations), enveloppes fiscales (PEA, Assurance vie, PEE, PEL,...) , établissements financiers. Ne pas investir un montant important sur une seule entreprise. Privilégier les indices, le cas échéant sectoriels, qui lissent l'impact des nouvelles imprévues (exemple : celui qui a investi dans Volkswagen début septembre 2015 a perdu deux fois plus que celui qui venait d'investir dans le tracker Secteur automobile du Stoxx Europe 600). L'investisseur individuel est peu armé face aux évènements qui rythment la vie des groupes cotés, et ne dispose que de peu d'information : pourquoi alors s'y fier aveuglément ? L'investissement sectoriel ou indiciel est une protection supplémentaire de l'épargnant. 


- limiter les frais financiers et fiscaux
gagner de l'argent en bourse n'est pas facile, alors pourquoi en donner une bonne part à la banque ou à l'Etat ? profitons de la défiscalisation et des faibles frais. Encore faut-il se documenter régulièrement pour identifier ces produits.

- objectif de simplicité : 
j'investis mon argent, c'est à dire que je n'ai pas de dette, pas de levier, pas de SRD, pas de découvert. Je pense qu'il est très difficile de revenir d'une mauvaise passe de marché lorsqu'on a accumulé de la dette. La seule solution est alors une prise de risque supplémentaire. Le seul cas où ces instruments prennent sens est, à mon avis, la protection du portefeuille. Je n'y ai pas recours pour l'instant.

- être à l'aise avec son allocation
je me suis rendu compte avec le temps que je me sens à l'aise avec 1/3 environ d'actions dans mon patrimoine hors résidence principale. Au delà de ce seuil, les grosses variations journalières me pèsent, notamment au regard de mon salaire professionnel : perdre une semaine de salaire sur une journée de bourse pose question. Enfin, avec 1/3 d'actions, il est facile de calculer l'incidence d'une journée de bourse sur son portefeuille : si ce dernier vaut 100.000 € et que la bourse perd 3%, vous calculez de tête que vous perdez 1% ou 1.000 €. Pas besoin de regarder en détail les cours et de sortir les tableurs. 

- investir régulièrement pour renforcer bas, arbitrer haut
c'est l'angle le plus difficile à travailler, je n'y suis pas suffisamment. Celui d'oser renforcer une ligne quand tout le monde la déserte. Et la quitter quand tout le monde l'adule. Je crois que c'est Rothschild qui expliquait qu'il avait bâti sa fortune en laissant les autres s'enrichir avec les titres qu'il vendait en avant première. La solution me paraît, à ce stade, consister à investir un montant relativement identique périodiquement (par exemple chaque mois), lorsqu'il y a eu deux ou trois jours de baisse, et en choisissant pour ce faire la ligne qui est le plus sous pondérée par rapport à son allocation cible. Inversement si une ligne est surpondérée par rapport à son allocation cible, alors il y a lieu d'en vendre une petite partie après deux ou trois jours de hausse pour normaliser l'allocation. Rien de violent, accompagner le mouvement en évitant les erreurs grossières. Pas de "ALL IN". Je me considère comme un petit investisseur prudent, même si l'avenir ne paraît pas toujours encourageant de prime abord, et non comme un spéculateur sur de lui. Le résultat de cette approche est de moyenner, sinon réduire, progressivement le Prix de Revient Unitaire (PRU) des principales lignes.


- la performance ne vaut que par rapport à la volatilité qu'elle a occasionné.
Pour la plupart des gens il vaut mieux gagner 3% en linéaire en un an, que 5% en étant passé par un creux de -8%. C'est l'aversion au risque et celle ci existera aussi longtemps que l'espèce humaine. Pour apprécier le risque d'un placement, il faut regarder l'écart type, la volatilité, voire le ratio de Sharpe (ce dernier mesure la surperformance d'un placement en regard du risque qu'il a occasionné, par rapport au rendement sans risque). Ces informations figurent sur les sites d'information boursière, par exemple Morningstar ou Sicavonline dans la rubrique Risque. Celui qui investit sans avoir un minimum apprécié les risques de son placement n'est pas sérieux.




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